Médicaments et produits prohibés : en Guinée, 20 conteneurs stoppés avant d’atteindre les consommateurs.

Des médicaments et autres produits de santé impropres à la consommation auraient pu se retrouver sur le marché. Une vingtaine de conteneurs saisis au Port Sec de Kagbélén ont été destinés à l’incinération, dans le cadre d’une opération contre les produits jugés dangereux pour la santé publique.

CONAKRY — Que se serait-il passé si ces cargaisons avaient franchi les derniers contrôles et rejoint le circuit de distribution ?

C’est la question qui se pose après la saisie, au Port Sec de Kagbélén, d’une vingtaine de conteneurs remplis d’intrants et de produits de santé déclarés impropres à la consommation.

Ces produits, selon les autorités sanitaires, représentaient un risque potentiel pour les populations s’ils avaient été mis sur le marché.

Les cargaisons ont été inspectées samedi dans le cadre d’une opération menée par le Comité technique national de lutte contre les pratiques médicales et paramédicales illégales, avec l’appui des services de la Douane et de la Gendarmerie nationale.

La ministre de la Santé et de l’Hygiène publique, Khaïté Sall, a ordonné que les produits saisis soient destinés à l’incinération.

Un risque qui aurait pu atteindre directement les consommateurs 

Derrière les vingt conteneurs saisis se trouve une préoccupation majeure de santé publique : le risque que des produits non conformes, impropres ou dangereux puissent se retrouver dans les circuits de consommation.

Lorsqu’un produit de santé échappe aux contrôles ou entre dans un circuit illégal, les conséquences peuvent être difficiles à mesurer.

Un médicament mal conservé, périmé, falsifié ou de mauvaise qualité peut ne pas produire l’effet attendu. Dans certains cas, il peut également retarder une prise en charge efficace ou exposer les patients à des effets indésirables.

Pour les populations, la difficulté est que le consommateur ne dispose pas toujours des moyens nécessaires pour identifier un produit dangereux.

L’emballage peut paraître normal. Le nom du produit peut être connu. Et le médicament peut être vendu dans un environnement qui donne une apparence de légitimité.

C’est pourquoi les contrôles effectués avant la mise sur le marché constituent l’un des premiers remparts contre les risques sanitaires.

Les produits de santé illicites, un marché aux conséquences invisibles 

La lutte contre les pratiques médicales et paramédicales illégales dépasse largement la question du respect de la réglementation.

Elle concerne directement la sécurité des patients.

Les produits de santé issus de circuits non contrôlés peuvent poser plusieurs problèmes : leur origine peut être difficile à retracer, leurs conditions de transport et de stockage peuvent être inconnues et leur conformité peut ne pas avoir été vérifiée.

Dans le cas des produits interceptés à Kagbélén, les autorités ont estimé que le risque était suffisamment important pour décider de leur destruction.

L’incinération vise ainsi à empêcher tout retour des produits dans le circuit commercial.

Douane, gendarmerie et santé publique : une chaine de protection

L’opération met également en lumière le rôle de plusieurs institutions dans la protection de la santé publique.

La sécurité sanitaire ne se joue pas uniquement dans les hôpitaux ou les centres de santé.

Elle commence également aux frontières, dans les ports, les entrepôts et l’ensemble des points d’entrée des marchandises.

Les services sanitaires, les douanes et les forces de sécurité constituent, à ce titre, différents maillons d’une même chaîne.

Une défaillance à l’un de ces niveaux peut permettre à des produits dangereux de circuler avant même que les consommateurs ne soient informés du risque.

La saisie de Kagbélén rappelle donc que la lutte contre les produits illicites nécessite une coopération permanente entre les institutions chargées du contrôle sanitaire et celles responsables de la surveillance du territoire et des flux commerciaux.

Une destruction pour empêcher le retour sur le marché

La décision d’incinérer les cargaisons répond à une préoccupation essentielle : empêcher que les produits saisis ne puissent, à un moment ou à un autre, réintégrer les circuits de distribution.

Pour les autorités sanitaires, la destruction constitue donc l’étape finale d’une opération de contrôle.

Mais l’événement soulève également une question plus large : combien de produits non conformes parviennent à échapper aux contrôles et à atteindre les consommateurs ?

La réponse à cette question dépend notamment de la capacité des services compétents à renforcer la surveillance, les inspections et la traçabilité des produits de santé.

Au-delà de Kagbélén, un enjeu de confiance 

Cette opération intervient dans un contexte où la confiance dans les produits de santé constitue un enjeu majeur.

Pour qu’un patient accepte un traitement, il doit pouvoir avoir l’assurance que le produit qu’il achète est conforme, correctement conservé et issu d’un circuit contrôlé.

La lutte contre les produits dangereux et les circuits illicites est donc aussi une lutte pour la confiance dans le système de santé.

À Kagbélén, l’incinération d’une vingtaine de conteneurs ne représente pas seulement la destruction de marchandises.

Elle symbolise aussi une bataille invisible menée loin des salles de consultation : empêcher que des produits potentiellement dangereux n’arrivent un jour entre les mains des patients.

Billy N CONDÉ 

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