Près de 1 019 nouveaux cas de cancer chez l’enfant sont détectés chaque année en Côte d’Ivoire, où environ 586 enfants en meurent, selon les données de Globocan 2022. Face à cette réalité, les autorités sanitaires et plusieurs organisations ont lancé la campagne « Septembre en Or 2026 » pour briser le silence autour des cancers pédiatriques et encourager une prise en charge plus précoce.
ABIDJAN — Un enfant qui fatigue anormalement, une grosseur qui apparaît et ne disparaît pas, des douleurs persistantes ou des symptômes inhabituels peuvent parfois être les premiers signes d’une maladie grave.
Mais le cancer reste encore insuffisamment identifié chez l’enfant, et le retard dans le diagnostic peut considérablement réduire les chances d’une prise en charge efficace.
En Côte d’Ivoire, le cancer pédiatrique représente une réalité souvent méconnue du grand public. Selon les estimations de Globocan 2022, environ 1 019 nouveaux cas sont détectés chaque année dans le pays et près de 586 enfants en décèdent.
Derrière ces chiffres se trouvent des familles confrontées à un parcours souvent long et difficile : reconnaître les premiers symptômes, trouver la bonne structure de soins, obtenir un diagnostic et accéder à une prise en charge spécialisée.
C’est pour attirer l’attention sur cette réalité que le Programme national de lutte contre le cancer a lancé, avec ses partenaires, la campagne « Septembre en Or 2026 », consacrée à la sensibilisation sur les cancers de l’enfant.
Le cancer pédiatrique, une maladie encore trop souvent détectée tardivement
L’un des principaux défis dans la lutte contre le cancer chez l’enfant reste la détection précoce.
Contrairement à certaines idées reçues, le cancer ne concerne pas uniquement les adultes. Les enfants peuvent également être touchés par différentes formes de la maladie.
Le problème est que les premiers signes peuvent parfois être confondus avec des pathologies courantes.
Une fatigue inhabituelle, une perte de poids inexpliquée, une masse ou un gonflement, des douleurs persistantes ou encore certains changements inhabituels dans le comportement ou l’état général de l’enfant doivent inciter les familles à consulter un professionnel de santé.
La sensibilisation devient donc un outil essentiel.
Car plus les parents, les enseignants, les communautés et les professionnels de première ligne sont capables d’identifier rapidement des signes préoccupants, plus les enfants peuvent être orientés vers une structure adaptée.
« Une seule voix pour leur vie »
La campagne « Septembre en Or 2026 » entend précisément créer une mobilisation plus large autour des cancers pédiatriques.
Pour Fatika Fatou, représentante de la Coalition des organisations de lutte contre le cancer, cette campagne doit donner une nouvelle dimension à la mobilisation.
Le mot d’ordre, « Une seule voix pour leur vie », traduit la nécessité de réunir familles, professionnels de santé, organisations de la société civile, autorités et partenaires autour d’un même objectif : améliorer le parcours des enfants confrontés au cancer.
« Notre message central pour cette campagne, une seule voix pour leur vie est un cri de ralliement, un appel à l’union des forces pour créer une chaîne de solidarité d’action capable de changer le parcours de l’enfant malade. Notre appel à la mobilisation d’adresse aussi et particulièrement aux autorités. », a-t-elle invité.
Car le combat ne se limite pas aux services d’oncologie.
Il commence dans les familles, dans les communautés et dans les structures de santé de proximité.
Il se poursuit avec la rapidité du diagnostic, la disponibilité des spécialistes et la capacité des familles à accéder aux traitements nécessaires.
Le manque de spécialistes, un défi majeur
Au-delà de la sensibilisation, la prise en charge du cancer pédiatrique se heurte également à une question fondamentale : celle des ressources humaines spécialisées.
Le Programme national de lutte contre le cancer reconnaît que le déficit de professionnels spécialisés constitue l’une des principales difficultés rencontrées dans la prise en charge des patients.
Les autorités sanitaires ivoiriennes envisagent ainsi de renforcer, dans les prochaines années, la disponibilité de médecins et d’infirmiers spécialisés en oncologie.
Un enjeu crucial dans un domaine où la qualité et la rapidité de la prise en charge peuvent avoir des conséquences déterminantes.
Pour les familles, le manque de spécialistes peut se traduire par des délais supplémentaires, des déplacements coûteux et un parcours médical plus complexe.
Derrière la sensibilisation, un enjeu d’accès aux soins
« Septembre en Or » ne se limite donc pas à une campagne de communication.
La mobilisation autour du cancer chez l’enfant soulève une question plus large : comment garantir à chaque enfant, quel que soit son lieu de résidence ou les ressources de sa famille, un accès rapide à un diagnostic et à des soins adaptés ?
Les autorités sanitaires, la Coalition des organisations de lutte contre le cancer et leurs partenaires, dont le laboratoire Roche, veulent notamment renforcer l’information du grand public et plaider pour un meilleur accès aux structures de prise en charge.
Mais le véritable défi sera de transformer cette mobilisation en améliorations concrètes pour les enfants et leurs familles.
Car pour un parent confronté à la maladie de son enfant, une campagne de sensibilisation ne prend tout son sens que si elle permet aussi d’arriver plus tôt au diagnostic, de trouver les spécialistes nécessaires et d’accéder aux traitements.
Faire du cancer de l’enfant une priorité de santé publique
Pendant longtemps, le cancer a été principalement associé aux maladies de l’âge adulte.
Pourtant, les cancers pédiatriques constituent également un enjeu majeur de santé publique.
La campagne « Septembre en Or 2026 » rappelle ainsi une réalité fondamentale : le cancer chez l’enfant existe, et le silence ou le retard dans le diagnostic peuvent coûter des vies.
Le défi pour les systèmes de santé africains est désormais de renforcer simultanément la sensibilisation, la formation des professionnels, les capacités de diagnostic et l’accès aux traitements.
Car derrière chaque statistique se trouve un enfant, une famille et un avenir qui peut être bouleversé par la maladie.
La question n’est donc pas seulement de mieux parler du cancer chez l’enfant. Il s’agit surtout de permettre à chaque enfant suspecté d’être atteint de la maladie d’être diagnostiqué et orienté suffisamment tôt pour avoir les meilleures chances possibles de recevoir les soins dont il a besoin.
Billy N CONDÉ
