Ebola : en RDC, 45 soignants déjà morts, les hôpitaux sous pression.

Au moins 45 professionnels de santé sont morts d’Ebola en République démocratique du Congo depuis le début de l’épidémie. Sur 158 contaminations recensées parmi les personnels de santé au 26 août, près de trois soignants infectés sur dix ont succombé à la maladie. Un bilan qui remet au centre une question cruciale : les femmes et les hommes chargés de sauver des vies sont-ils suffisamment protégés ?

KINSHASA — Ils sont médecins, infirmiers, sages-femmes, laborantins, aides-soignants, agents communautaires, personnels d’entretien ou chauffeurs. Tous travaillent au contact des patients et, dans certains cas, peuvent être exposés au virus avant même que l’infection ne soit identifiée.

Depuis le début de l’épidémie d’Ebola en République démocratique du Congo, au moins 45 professionnels de santé ont perdu la vie, selon le bilan disponible au 26 août.

Au total, 158 contaminations ont été recensées parmi les personnels de santé.

Derrière ces chiffres, une réalité particulièrement préoccupante : ceux qui constituent la première ligne de défense contre l’épidémie peuvent eux-mêmes devenir victimes du virus.

Le danger commence parfois dans les structures sanitaires ordinaires 

L’image associée à Ebola est souvent celle de centres spécialisés, de combinaisons intégrales et de protocoles sanitaires stricts.

Mais le risque peut commencer bien avant.

Un patient infecté peut se présenter dans un centre de santé ou un hôpital ordinaire avec des symptômes qui ne permettent pas immédiatement d’identifier Ebola.

Il peut alors être pris en charge par plusieurs professionnels avant que la suspicion ne soit établie et que les mesures spécifiques de protection soient déclenchées.

C’est dans ces établissements de santé ordinaires que se trouve l’un des principaux points de vulnérabilité.

Contrairement aux centres spécialement dédiés à la prise en charge d’Ebola, certaines structures disposent de protocoles moins établis et d’un accès plus limité aux équipements de protection.

Autrement dit, un soignant peut commencer sa journée en pensant prendre en charge un patient ordinaire et se retrouver, sans le savoir, exposé à l’un des virus les plus dangereux au monde.

Des mesures de protection encore insuffisantes

Les évaluations réalisées dans plusieurs établissements sanitaires montrent l’ampleur des difficultés.

Au Nord-Kivu, six établissements évalués affichent un score moyen de seulement 29 % dans l’application des mesures de prévention.

Au Bas-Uélé, l’hôpital général de Ganga atteint 21,3 %.

Ces chiffres soulignent les fragilités qui persistent dans l’application des mesures de prévention et de contrôle des infections.

La protection contre Ebola ne repose pas uniquement sur la disponibilité d’équipements.

Elle suppose également une formation continue, des protocoles clairement appliqués, une capacité à détecter rapidement les cas suspects et une organisation permettant de protéger l’ensemble du personnel.

Car dans une structure de santé, le risque ne concerne pas seulement le médecin qui examine le patient.

Une sage-femme, un agent chargé du nettoyage, un laborantin manipulant des prélèvements ou encore un chauffeur participant au transport d’un malade peuvent également être exposés.

Quand ceux qui soignent deviennent les victimes 

La contamination des personnels de santé représente un double danger.

Le premier est humain.

Chaque décès est celui d’un professionnel, d’un collègue et souvent d’une personne disposant de compétences difficiles à remplacer dans des systèmes de santé déjà confrontés à un déficit de ressources humaines.

Le second concerne directement la capacité à répondre à l’épidémie.

Plus les soignants tombent malades ou décèdent, plus le système perd des compétences essentielles au moment même où il a besoin de renforcer sa réponse.

La protection des professionnels de santé devient donc une condition indispensable pour protéger l’ensemble de la population.

Une épidémie ne peut être efficacement combattue si ceux qui sont chargés de la détecter et de la traiter ne disposent pas eux-mêmes d’un niveau de protection suffisant.

Le vaccin ne permet pas encore de lever toutes les incertitudes 

La vaccination constitue l’un des outils importants dans la lutte contre Ebola.

Mais dans le contexte actuel, elle ne permet pas d’éliminer toutes les incertitudes.

Le vaccin Ervebo est homologué contre une autre espèce du virus Ebola. Son efficacité contre le virus Bundibugyo n’a pas été démontrée chez l’être humain.

L’Organisation mondiale de la santé recommande donc que son utilisation soit encadrée dans le cadre de protocoles de recherche, notamment auprès des professionnels de santé et des personnels de première ligne.

Mais même en présence d’une stratégie vaccinale, les autres moyens de prévention restent indispensables.

Équipements de protection, hygiène, contrôle des infections, détection précoce et formation des personnels demeurent les principaux remparts contre la transmission dans les établissements de santé.

Protéger les soignants pour protéger toute la population 

Le bilan de cette épidémie rappelle une leçon fondamentale des crises sanitaires : la sécurité des soignants est aussi une question de sécurité publique.

Lorsqu’un professionnel de santé est contaminé, ce n’est pas seulement une personne qui est mise en danger.

C’est également un maillon du système de surveillance, de diagnostic et de prise en charge qui peut disparaître.

Les 45 décès enregistrés parmi les professionnels de santé en RDC illustrent ainsi un défi qui dépasse largement les établissements concernés.

Face à Ebola, protéger les soignants ne peut être considéré comme une mesure secondaire.

C’est l’une des premières conditions pour empêcher une épidémie de transformer les lieux censés soigner en nouveaux espaces de transmission.

Aminata Allah Fama Camara

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