Siguiri, Guinée – Le décès d’une jeune femme d’une vingtaine d’années dans le district de Tonso, sous-préfecture de Doko, relance les inquiétudes autour de la circulation de médicaments interdits et de l’exercice illégal des soins de santé dans certaines localités du pays. Selon les premières informations recueillies auprès des autorités sanitaires, la victime aurait reçu une injection de Novalgine, un médicament retiré de la liste nationale des produits autorisés en Guinée en raison de ses risques potentiellement mortels.
L’affaire, désormais entre les mains des services d’enquête, met en lumière les défis persistants liés au contrôle du secteur pharmaceutique et à la prolifération de structures sanitaires non agréées.
Une détresse respiratoire fatale après une consultation
D’après les éléments rapportés par le Dr Abdoulaye Bachir Condé, médecin d’appui aux services médico-chirurgicaux de l’hôpital préfectoral de Siguiri, la jeune femme, identifiée sous le nom de Makassia Traoré, s’était rendue dans une clinique privée de la localité pour recevoir des soins avant de regagner son domicile à Tonso.
Quelques heures plus tard, elle aurait développé une importante détresse respiratoire, poussant ses proches à l’évacuer vers le poste de santé de Tonso. Malgré les mesures d’urgence mises en œuvre par les agents de santé, notamment l’administration de sérum salé et de dexaméthasone, son état clinique s’est rapidement aggravé jusqu’à son décès.
Les investigations menées auprès du responsable de la structure où elle avait été prise en charge ont permis d’établir qu’une injection de Novalgine lui avait été administrée peu avant l’apparition des symptômes.
Un médicament retiré pour des raisons de sécurité
La Novalgine, dont le principe actif est le métamizole, est un antalgique et antipyrétique qui a été retiré de la liste nationale des médicaments autorisés en Guinée. Cette décision s’inscrit dans une démarche de pharmacovigilance visant à protéger les patients contre certains effets indésirables graves associés à son utilisation.
Selon les professionnels de santé, le métamizole peut provoquer, dans de rares cas, une agranulocytose sévère — une chute importante des globules blancs compromettant les défenses immunitaires de l’organisme — ainsi que des réactions allergiques aiguës pouvant évoluer vers un choc anaphylactique.
« Lorsqu’une telle réaction survient, la prise en charge doit être immédiate et réalisée dans une structure disposant des moyens adaptés. Sans intervention rapide, l’évolution peut être fatale », explique le Dr Condé.
Même si les conclusions définitives de l’enquête ne sont pas encore connues, les premiers éléments orientent les investigations vers une possible réaction grave consécutive à l’administration du produit.
Les structures clandestines dans le viseur des autorités
Au-delà du cas individuel, ce décès remet sur le devant de la scène la question des cliniques et pharmacies clandestines qui continuent d’exercer dans plusieurs zones du pays.
Selon le Dr Condé, la structure impliquée ne disposait ni d’agrément officiel ni d’identification administrative. Une situation qui préoccupe les autorités locales, engagées depuis plusieurs mois dans une opération de recensement et de contrôle des établissements de santé.
Le procureur de la République près le Tribunal de première instance de Siguiri, Dominique Loua, mène actuellement une campagne visant à identifier les structures sanitaires opérant en dehors du cadre réglementaire. Plusieurs responsables auraient déjà tenté de dissimuler leurs activités en retirant les enseignes de leurs établissements tout en poursuivant leurs consultations.
Un enjeu majeur de santé publique
Pour les experts en santé publique, ce drame illustre la nécessité de renforcer simultanément la régulation pharmaceutique, la surveillance des pratiques médicales et l’information des populations.
La présence sur le terrain de médicaments retirés du circuit officiel, combinée à l’existence de structures non autorisées, constitue un risque important pour la sécurité des patients, particulièrement dans les zones rurales où l’accès aux soins reste limité.
Les autorités sanitaires rappellent que tout médicament interdit ou retiré du marché ne doit en aucun cas être administré aux patients et invitent les populations à privilégier les établissements de santé reconnus par l’État.
Pendant que l’enquête se poursuit, le responsable de la clinique concernée ainsi que plusieurs agents de santé ont été entendus par les services de gendarmerie. Les résultats des investigations devront permettre d’établir les responsabilités éventuelles dans ce décès qui soulève de nombreuses interrogations sur le respect des normes de sécurité sanitaire en Guinée.
Billy N. CONDÉ








