Ils ont exercé dans les hôpitaux, les centres de santé, les laboratoires et les services sanitaires, parfois pendant plusieurs décennies. Samedi à Conakry, des pionniers et figures emblématiques de la santé guinéenne ont été mis à l’honneur lors d’une cérémonie organisée par l’ONG La Tabala. Au-delà de la reconnaissance, l’événement pose une question essentielle : quelle place la Guinée accorde-t-elle à celles et ceux qui ont contribué à bâtir son système de santé ?
CONAKRY — Dans un système de santé, les bâtiments, les équipements et les réformes sont souvent les éléments les plus visibles.
Mais derrière chaque hôpital, chaque service et chaque progrès sanitaire, il y a aussi des femmes et des hommes.
Des médecins, des infirmiers, des sages-femmes, des techniciens, des chercheurs et de nombreux autres professionnels qui, au fil des années, ont participé à la construction et au fonctionnement du système de santé guinéen.
C’est à ces femmes et à ces hommes que l’ONG La Tabala a souhaité rendre hommage samedi, lors d’une cérémonie organisée au Palais du Peuple de Conakry.
Des pionniers et icônes de la santé guinéenne y ont reçu des satisfecit en reconnaissance de leur parcours et de leur contribution au secteur.
Mais au-delà de la cérémonie, l’événement rappelle une réalité souvent oubliée : un système de santé ne se construit pas uniquement avec des politiques publiques. Il se construit aussi grâce aux générations de professionnels qui consacrent leur vie à soigner, former et transmettre.
Derrière chaque vie sauvée, une chaine de femmes et d’hommes
Dans un hôpital, le soin n’est jamais l’œuvre d’une seule personne.
Derrière un patient pris en charge, il peut y avoir un médecin, une infirmière, un laborantin, un aide-soignant, un agent d’entretien ou encore un personnel chargé du transport.
Tous appartiennent à une même chaîne.
C’est l’un des messages mis en avant lors de la cérémonie.
La marraine de l’événement a notamment rappelé qu’aucun acteur n’est insignifiant lorsqu’il s’agit de sauver une vie.
« Dans un hôpital, personne n’est petit quand il s’agit de sauver une vie », a-t-elle souligné.
Une réalité qui mérite d’être soulignée dans un contexte où la reconnaissance publique est souvent réservée aux figures les plus visibles du système.
Dans la santé, la contribution de chacun peut avoir des conséquences sur la vie d’un patient.
Reconnaitre les anciens, transmettre aux nouvelles générations
L’hommage rendu aux pionniers dépasse la simple reconnaissance symbolique.
Il pose également la question de la transmission.
Les professionnels qui ont traversé plusieurs décennies de pratique médicale portent une expérience précieuse : celle des épidémies affrontées, des difficultés surmontées, des évolutions du système de santé et des transformations de la médecine.
Pour les nouvelles générations de professionnels, cette mémoire constitue un patrimoine.
Elle peut permettre de comprendre le chemin parcouru, mais aussi les erreurs à éviter et les défis qui restent à relever.
La reconnaissance des pionniers devient ainsi une manière de préserver l’histoire de la santé guinéenne.
Car un système qui oublie celles et ceux qui l’ont construit risque également de perdre une partie de sa mémoire.
Un hommage dans un système encore confronté à de nombreux défis
La cérémonie intervient alors que le système de santé guinéen continue de faire face à plusieurs défis.
Accès aux soins, qualité des services, financement, gouvernance hospitalière et disponibilité des ressources humaines restent au cœur des préoccupations du secteur.
Pour Abdoulaye Kaba, responsable de l’ONG La Tabala, ces difficultés rappellent également l’importance de l’implication de la société civile dans l’accompagnement des efforts engagés pour améliorer la gouvernance sanitaire.
« La Tabala organise cette cérémonie pour honorer et valoriser le dévouement, les réalisations et les services rendus par les pionniers et icônes de la santé guinéenne. Cette initiative vise également à retracer l’histoire de notre système de santé, à immortaliser les grandes figures qui l’ont bâti et à valoriser le pilier 5 du Programme Simandou 2040, consacré à la santé et au bien-être. Notre objectif est donc de mettre à l’honneur celles et ceux qui se sont distingués par leur excellence et leur engagement, tout en transmettant leur héritage aux nouvelles générations », a-t-il déclaré.
Mais regarder vers l’avenir suppose aussi de regarder le chemin parcouru.
Comment améliorer durablement le système de santé sans tirer les leçons de ceux qui ont contribué à le construire ?
C’est toute la portée de l’hommage rendu à ces pionniers.
La reconnaissance comme une forme de justice
Dans les professions de santé, le dévouement s’exprime souvent dans la discrétion.
Des gardes prolongées, des urgences, des conditions de travail parfois difficiles et la responsabilité permanente face à la vie des patients font partie du quotidien de nombreux professionnels.
Pour certains, une grande partie d’une carrière se déroule loin des cérémonies officielles et de la reconnaissance publique.
L’initiative de La Tabala cherche ainsi à rappeler que le travail accompli mérite également d’être raconté. Pas seulement pour remercier.
Mais pour donner une place dans la mémoire collective à celles et ceux dont le parcours a contribué à l’histoire sanitaire du pays.
Faire de la mémoire sanitaire un héritage
L’événement s’inscrit dans une dynamique plus large de réflexion sur l’avenir de la santé et du bien-être en Guinée.
Mais cet avenir ne pourra pas être construit uniquement à partir de nouvelles infrastructures ou de nouveaux programmes.
Il dépendra aussi de la capacité à valoriser l’expérience, à préserver la mémoire professionnelle et à créer des passerelles entre les générations.
La remise de satisfecit aux pionniers et icônes de la santé guinéenne prend ainsi une dimension particulière.
Elle rappelle que derrière les statistiques sanitaires et les réformes se trouvent des histoires individuelles.
Des vies consacrées à soigner. Des générations de professionnels qui ont travaillé dans l’ombre.
Et une conviction qui traverse toutes les professions de santé : lorsqu’il s’agit de sauver une vie, aucun rôle n’est secondaire.
Reconnaître ceux qui ont construit hier, c’est aussi transmettre aux professionnels de demain une partie de la responsabilité de construire la santé de la Guinée de demain.
Mohamed Lamine DIAOUNE








