À l’occasion de la Journée mondiale de la vue, célébrée ce 8 octobre 2026, l’Organisation mondiale de la Santé (OMS) appelle à renforcer l’accès aux soins oculaires en Afrique. Malgré l’existence de solutions efficaces, des millions de personnes vivent encore avec une perte de vision qui pourrait être évitée ou prise en charge. La Guinée n’échappe pas à cet enjeu de santé publique.
Voir correctement est indispensable pour apprendre, travailler, se déplacer et conserver son autonomie. Pourtant, à travers le monde, au moins 2,2 milliards de personnes vivent avec une déficience de la vision de près ou de loin. Pour au moins un milliard d’entre elles, cette déficience aurait pu être évitée ou n’a pas encore été prise en charge, selon les données de l’OMS.
En Afrique, le problème prend une dimension particulière. Dans son message publié à l’occasion de la Journée mondiale de la vue 2026, le directeur régional de l’OMS pour l’Afrique, Dr Mohamed Janabi, souligne que les erreurs de réfraction non corrigées et la cataracte figurent parmi les principales causes de perte de vision dans la Région africaine.
Des solutions existent, mais restent insuffisamment accessibles
L’un des constats majeurs de l’OMS est que la perte de vision n’est pas toujours une fatalité.
Des lunettes peuvent corriger de nombreux défauts de réfraction tandis que la chirurgie permet de traiter efficacement la cataracte. Pourtant, l’accès à ces interventions demeure insuffisant.
Selon l’OMS Afrique, seulement environ 30 % des personnes ayant besoin de lunettes bénéficient d’une correction visuelle adaptée. Pour la cataracte, la couverture chirurgicale effective se situe autour de 24 % dans la Région africaine.
L’OMS estime par ailleurs qu’en Afrique, chez les adultes âgés de 50 ans et plus, environ 9,5 % présentent une déficience visuelle et 1,9 % sont aveugles, selon une revue systématique publiée en 2026. La cataracte constitue la principale cause de cécité dans cette population.
Derrière ces statistiques se trouvent des réalités quotidiennes : un enfant qui peine à lire le tableau en classe, un adulte qui rencontre des difficultés à travailler ou une personne âgée qui perd progressivement son autonomie.
La Guinée face à un enjeu de santé oculaire
En Guinée, les données nationales récentes et détaillées sur la prévalence des différentes maladies oculaires restent limitées. Un document du ministère de la Santé consacré aux maladies non transmissibles relevait déjà l’absence de données nationales permettant de mesurer précisément la prévalence des pathologies oculaires selon l’âge, le sexe ou les régions.
Les données disponibles dans ce document, basées sur des estimations régionales de 2015, plaçaient notamment la cataracte parmi les principales causes de cécité et les défauts de réfraction parmi les principales causes de déficience visuelle modérée ou sévère en Guinée. Ces chiffres étant anciens, ils doivent toutefois être interprétés avec prudence et ne peuvent être considérés comme une photographie de la situation actuelle.
Sur le terrain, la cataracte reste néanmoins une pathologie régulièrement prise en charge dans les structures ophtalmologiques du pays. À Labé, par exemple, un reportage de Guinéenews publié en 2024 rapportait une forte fréquentation du centre régional d’ophtalmologie, avec de nombreux patients pris en charge pour une cataracte.
Cette situation illustre l’importance de renforcer le dépistage, la disponibilité des professionnels de santé oculaire et l’accès aux traitements, notamment en dehors de la capitale.
Les enfants, une priorité
La santé visuelle ne concerne pas uniquement les personnes âgées. Les enfants constituent également une population particulièrement importante à surveiller.
L’Agence internationale pour la prévention de la cécité (IAPB), qui coordonne la Journée mondiale de la vue, place en 2026 la campagne sous le mouvement LoveYourEyes, avec une attention particulière portée aux enfants, aux familles, aux écoles et aux communautés.
Les troubles visuels non corrigés peuvent en effet perturber les apprentissages. L’IAPB estime que 17,8 millions de jeunes âgés de 5 à 17 ans vivent avec une déficience visuelle liée à un défaut de réfraction non corrigé. L’organisation souligne également qu’un simple examen de la vue et l’accès à des lunettes peuvent avoir des effets importants sur le parcours scolaire et les perspectives économiques des enfants.
Dans ce contexte, le dépistage visuel en milieu scolaire peut constituer un outil important pour identifier précocement les enfants qui ont besoin d’une évaluation ou d’une correction.
Au-delà des lunettes et de la chirurgie, un défi de système de santé
Pour l’OMS, améliorer la santé oculaire ne consiste pas seulement à augmenter le nombre de consultations ou d’interventions chirurgicales.
Il s’agit également de renforcer les ressources humaines, d’améliorer les équipements, de réduire les coûts pour les patients et de rapprocher les services des populations qui en sont éloignées.
L’OMS a lancé en 2024 l’initiative SPECS 2030, destinée notamment à aider les pays à améliorer l’accès aux services de correction des erreurs de réfraction. Les objectifs mondiaux pour 2030 prévoient une augmentation de 40 points de pourcentage de la couverture effective des services de correction des erreurs de réfraction et de 30 points de pourcentage de la couverture effective de la chirurgie de la cataracte.
Pour l’Afrique, l’enjeu est donc autant médical que social et économique.
Faire de la santé oculaire une priorité
À l’occasion de cette Journée mondiale de la vue, l’OMS Afrique appelle les États à donner davantage de place à la santé oculaire dans leurs politiques nationales de santé, à investir dans les personnels spécialisés et à accélérer l’intégration des soins oculaires dans les systèmes de santé.
Aminata Allah Fama Camara







