JOURNÉE MONDIALE DE LA PHYSIOTHÉRAPIE | RÉADAPTATION
Après un AVC, survivre n’est que la première étape. Pour de nombreux patients, commence ensuite un long parcours pour réapprendre à marcher, retrouver l’équilibre, reprendre des gestes simples et, autant que possible, redevenir autonome. Dans ce combat silencieux, la physiothérapie occupe une place centrale.
CONAKRY — Un AVC peut bouleverser une vie en quelques minutes. Une personne qui marchait, travaillait, conduisait ou s’occupait de sa famille peut soudainement perdre une partie de ses capacités physiques. La survie ne signifie alors pas nécessairement le retour à la vie d’avant.
C’est précisément dans cet après-AVC que la réadaptation prend toute son importance.
À l’occasion de la Journée mondiale de la physiothérapie, célébrée le 8 septembre, l’accent est mis cette année sur le rôle de la physiothérapie et de l’activité physique dans la prévention, la prise en charge et la réadaptation des maladies cardiovasculaires et des accidents vasculaires cérébraux.
Derrière cette célébration internationale se trouve une réalité beaucoup plus concrète : comment permettre à une personne qui a perdu une partie de ses capacités de retrouver le maximum d’autonomie possible ?
Après l’AVC, réapprendre les gestes du quotidien
Les séquelles d’un AVC peuvent être multiples. Difficultés à marcher, perte de force musculaire, troubles de l’équilibre ou de la coordination : des gestes qui semblaient auparavant automatiques peuvent devenir de véritables défis.
Se lever d’un lit. Se tenir debout. Faire quelques pas. Monter des escaliers. Utiliser un membre affaibli. Reprendre progressivement certaines activités quotidiennes. La physiothérapie intervient notamment sur ces capacités.
Le travail est adapté à chaque patient, à son état de santé et à ses objectifs. Il peut porter sur la mobilité, l’équilibre, la marche, le renforcement musculaire ou encore la récupération des capacités nécessaires aux activités de la vie quotidienne. L’objectif n’est donc pas simplement de faire « bouger » le patient. Il s’agit de lui permettre de reprendre le contrôle de sa vie.
86 millions de personnes concernées par les besoins de réadaptation après un AVC
L’ampleur des besoins dépasse largement le cadre individuel. Selon les estimations citées par l’Organisation mondiale de la Santé (OMS), 86 millions de personnes ont besoin de services de réadaptation à la suite d’un AVC.
Plus largement, environ 2,4 milliards de personnes dans le monde vivent avec une affection susceptible de bénéficier de services de réadaptation.
Ces chiffres témoignent d’un changement majeur dans les besoins de santé. Le vieillissement de la population, l’augmentation des maladies chroniques et des maladies non transmissibles font progresser la demande de soins de réadaptation.
La réadaptation ne constitue donc plus un service périphérique du système de santé. Elle devient progressivement une composante essentielle du parcours de soins.
La physiothérapie ne commence pas après la maladie
Réduire la physiothérapie à la récupération après un accident ou une intervention chirurgicale serait pourtant trop restrictif. Elle intervient également dans la prévention et dans le maintien des capacités physiques.
L’activité physique régulière contribue notamment à agir sur plusieurs facteurs de risque cardiovasculaire et métabolique, dont le poids, la pression artérielle et la glycémie. Elle participe également au maintien d’une bonne condition physique.
Mais « faire du sport » ne signifie pas la même chose pour tout le monde. Pour une personne âgée, un patient atteint d’une maladie cardiovasculaire ou une personne vivant avec des limitations fonctionnelles, l’activité physique doit être adaptée aux capacités et à l’état de santé.
C’est là que l’accompagnement professionnel prend son importance : bouger davantage, oui, mais dans des conditions adaptées et sécurisées.
Une discipline au cœur de l’autonomie
La véritable question posée par la physiothérapie dépasse finalement la récupération musculaire. Elle concerne l’autonomie.
Lorsqu’une personne retrouve suffisamment de mobilité pour se déplacer seule, effectuer certains gestes du quotidien ou reprendre progressivement une activité sociale, les conséquences dépassent largement le domaine médical. C’est toute une vie qui peut recommencer à s’organiser autour de nouvelles capacités.
Pour les familles aussi, l’enjeu est considérable. Une perte d’autonomie peut entraîner une dépendance accrue, modifier la répartition des tâches au sein du foyer et parfois empêcher le patient de reprendre son activité professionnelle. La réadaptation cherche ainsi à réduire autant que possible ces conséquences.
Le défi de l’accès à la réadaptation
Reste une question essentielle : tous les patients qui en ont besoin peuvent-ils réellement bénéficier de ces services ?
L’accès à la réadaptation demeure inégal dans le monde. Dans les systèmes de santé disposant de ressources limitées, l’offre peut rester très inférieure aux besoins. Le problème n’est donc pas seulement celui de la disponibilité des physiothérapeutes.
Il concerne aussi la capacité des systèmes de santé à intégrer la réadaptation suffisamment tôt dans le parcours du patient, à disposer des équipements nécessaires et à assurer la continuité des soins après la sortie de l’hôpital.
Pour les personnes ayant subi un AVC, cette continuité peut faire une différence déterminante entre une dépendance durable et une récupération fonctionnelle aussi importante que possible.
Prévenir l’AVC, mais aussi préparer l’après
La Journée mondiale de la physiothérapie rappelle ainsi une évidence souvent oubliée : la santé ne s’arrête pas au traitement de la maladie.
Prévenir les facteurs de risque cardiovasculaire, rester physiquement actif, intervenir après un AVC et accompagner durablement la récupération font partie d’un même continuum.
Prévenir avant l’accident. Rééduquer après. Préserver l’autonomie aussi longtemps que possible.
Pour les patients victimes d’un AVC, la réadaptation ne promet pas nécessairement de retrouver exactement la vie d’avant. Elle poursuit un objectif plus concret : permettre à chacun de récupérer les capacités possibles et de reconstruire, avec elles, une vie aussi autonome et active que possible.
Parce qu’après avoir sauvé une vie, il reste parfois un autre défi : lui redonner la possibilité de la vivre.
Aminata Allah Fama Camara
