COUVERTURE SANITAIRE UNIVERSELLE | SIMANDOU 2040
La Guinée prépare une réforme de grande ampleur du financement de la couverture sanitaire universelle. La ministre de la Santé, Khaïté Sall, a annoncé la création envisagée d’une caisse unique destinée à regrouper plusieurs mécanismes de contribution obligatoire. Si elle se concrétise, cette réforme pourrait modifier en profondeur la manière dont la couverture maladie est organisée et financée dans le pays.
CONAKRY — Pour un patient, l’assurance maladie peut sembler être une question administrative. En réalité, elle détermine une chose très concrète : comment seront financés les soins lorsqu’une personne tombe malade ?
En Guinée, cette question pourrait connaître une évolution majeure. La ministre de la Santé et de l’Hygiène publique, Khaïté Sall, a annoncé la perspective de créer une caisse unique d’assurance maladie universelle, dans le cadre des réformes sanitaires portées par le programme Simandou 2040.
L’idée est de regrouper plusieurs mécanismes actuels de financement et de protection sociale au sein d’un dispositif commun placé sous l’autorité du ministère de la Santé.
Une seule caisse pour plusieurs contributions
Selon les déclarations de la ministre, la future structure aurait vocation à fédérer plusieurs contributions obligatoires aujourd’hui réparties entre différents dispositifs.
L’objectif affiché est de simplifier l’organisation du financement de la couverture sanitaire et d’améliorer sa coordination.
Cette réforme pourrait donc marquer un changement important dans l’architecture actuelle de la protection contre le risque maladie. Mais à ce stade, la caisse unique n’est pas encore opérationnelle.
Il s’agit d’une réforme annoncée dont la concrétisation nécessitera notamment l’adoption des textes, la définition des missions de la future structure et la mise en place de ses mécanismes de fonctionnement.
Pour les patients, la question est simple : qu’est-ce qui va changer ?
Derrière la réforme institutionnelle se trouve une attente beaucoup plus concrète. Si la caisse unique voit effectivement le jour, les patients voudront savoir si elle permettra de faciliter l’accès aux soins, de mieux prendre en charge les dépenses de santé et de réduire les difficultés financières liées à la maladie.
C’est là que se situera l’un des principaux enjeux de la réforme. Une couverture sanitaire universelle ne consiste pas uniquement à inscrire des personnes dans un dispositif d’assurance.
Elle suppose que les populations puissent accéder aux soins dont elles ont besoin sans subir une charge financière qui les fragilise.
La future caisse devra donc être évaluée sur sa capacité à transformer l’organisation du financement en accès réel aux soins.
Une réforme au cœur de Simandou 2040
La création envisagée de cette caisse s’inscrit dans le vaste chantier de transformation du système de santé porté par Simandou 2040.
Le programme prévoit notamment, pour le secteur de la santé, une progression vers la couverture sanitaire universelle, le renforcement des services de proximité et l’amélioration des infrastructures et des plateaux techniques.
Le gouvernement a également lancé en juin 2026 le Projet de Transformation du Système de Santé (PT2S).
Ce projet, financé à hauteur de 95 millions de dollars par le Groupe de la Banque mondiale et le Mécanisme de financement mondial (GFF), vise à transformer le système de santé guinéen et couvre les sept régions administratives du pays.
La caisse unique annoncée s’inscrit ainsi dans un ensemble de réformes beaucoup plus large.
Le défi : financer durablement la couverture
La création d’une caisse ne résoudra cependant pas, à elle seule, la question du financement de la santé.
Encore faudra-t-il déterminer qui contribue, combien, selon quelles règles et comment les ressources seront réparties.
La réforme devra également répondre à la question des populations les plus vulnérables et de celles qui disposent de faibles revenus ou travaillent dans le secteur informel. C’est précisément sur ces paramètres que se jouera une partie de l’effectivité de la couverture universelle.
Une caisse peut être unique sans que la couverture soit réellement universelle. L’enjeu sera donc de construire un mécanisme suffisamment solide pour mobiliser les ressources, assurer leur gestion et permettre aux populations d’en bénéficier effectivement.
Un changement institutionnel qui devra devenir une réalité pour les patients
La Guinée entre ainsi dans une phase où plusieurs réformes sanitaires doivent passer de l’annonce à leur mise en œuvre.
La création d’une Agence nationale de santé publique, la réforme de la régulation pharmaceutique et le déploiement de la CSU figurent parmi les chantiers annoncés dans le cadre de Simandou 2040.
Pour la caisse unique, la prochaine étape sera déterminante : transformer le principe annoncé en un mécanisme juridiquement défini, financièrement viable et opérationnel.
Car l’enjeu final ne sera pas de savoir combien de structures gèrent l’assurance maladie, mais si une personne malade pourra réellement se faire soigner sans que le coût des soins ne devienne un obstacle.
C’est à cette condition que la réforme pourra donner un contenu concret à l’ambition de couverture sanitaire universelle.
Par Aliya SOUMAH
