À Conakry, la 12ᵉ Conférence africaine sur les droits et la santé sexuels et reproductifs s’ouvre sur une question qui dépasse largement les salles de conférence : comment protéger la santé et l’avenir de millions d’adolescents et de jeunes Africains alors que les crises se multiplient et fragilisent l’accès aux soins ?
Une grossesse précoce peut interrompre une scolarité. Une violence sexuelle peut laisser des séquelles physiques et psychologiques pendant des années. Une infection sexuellement transmissible non diagnostiquée peut compromettre durablement la santé. Et lorsque les services de santé deviennent difficiles d’accès en période de crise, les conséquences peuvent s’aggraver rapidement.
C’est derrière ces réalités que se joue, cette semaine à Conakry, la 12ᵉ Conférence africaine sur les droits et la santé sexuels et reproductifs (ACSHR).
Lancée mercredi 2 septembre, la rencontre réunit pendant quatre jours des experts, décideurs, acteurs de la société civile et partenaires autour d’une question centrale : comment garantir aux adolescents et aux jeunes africains l’accès à l’information, à la prévention et aux soins dont ils ont besoin, alors que le continent traverse des crises de plus en plus complexes ?
Une jeunesse exposée à des vulnérabilités multiples
Le choix du thème n’est pas anodin.
La conférence intervient dans un contexte où les crises sanitaires, économiques, sociales, sécuritaires et humanitaires peuvent se superposer et rendre les populations les plus vulnérables encore plus fragiles.
Pour les adolescents et les jeunes, les conséquences peuvent être particulièrement importantes.
Lorsque les structures de santé fonctionnent difficilement, lorsque les familles disposent de moins de ressources ou lorsque les programmes de prévention sont interrompus, l’accès aux services de santé sexuelle et reproductive peut rapidement devenir secondaire.
Pourtant, c’est précisément dans ces périodes que les besoins peuvent augmenter.
L’accès à la contraception, au dépistage, à la prise en charge des infections sexuellement transmissibles, aux soins liés à la grossesse ou encore à l’accompagnement des victimes de violences ne peut être considéré comme un luxe réservé aux périodes de stabilité.
Derrière les statistiques, des trajectoires de vie
La question de la santé sexuelle et reproductive est souvent abordée à travers des chiffres.
Mais derrière chaque grossesse précoce, chaque violence sexuelle ou chaque abandon de soins se trouve une trajectoire individuelle.
Une adolescente qui quitte l’école à la suite d’une grossesse peut voir ses perspectives professionnelles profondément modifiées.
Une jeune fille victime de violence qui ne bénéficie pas rapidement d’une prise en charge médicale et psychologique peut rester confrontée pendant longtemps aux conséquences de ce traumatisme.
Un jeune qui n’a pas accès à une information fiable peut, lui aussi, prendre des décisions susceptibles d’avoir des conséquences importantes sur sa santé.
La santé sexuelle et reproductive est donc aussi une question d’éducation, d’égalité des chances et d’avenir.
C’est l’un des enjeux majeurs qui se trouvent au cœur des discussions de Conakry.
Quand les crises fragilisent les soins essentiels
Autre difficulté : le financement.
Les discussions de cette 12ᵉ édition interviennent alors que plusieurs pays africains doivent composer avec un environnement financier plus contraint et avec une diminution de certains financements extérieurs destinés aux secteurs sociaux et sanitaires.
Pour les systèmes de santé, le risque est double : maintenir les services existants tout en répondant à de nouveaux besoins.
La question devient alors particulièrement sensible pour les services destinés aux adolescents et aux jeunes, souvent confrontés à des obstacles spécifiques : manque d’information, difficultés d’accès, stigmatisation ou encore peur du jugement.
La réponse ne peut donc pas reposer uniquement sur les financements extérieurs.
À Conakry, la question de la mobilisation de ressources nationales et du renforcement de la coopération entre pays africains doit également occuper une place importante dans les débats.
La Guinée veut placer la jeunesse au centre
Lors de l’ouverture de la conférence, la ministre de la Santé et de l’Hygiène publique, Khaïté Sall, a défendu l’idée d’un investissement dans le capital humain.
« Lorsque l’Afrique rassemble ses institutions, sa société civile et sa jeunesse, elle affirme sa capacité à construire ses propres réponses », a déclaré Mme Khaïté SALL
Le Premier ministre Amadou Oury Bah a, lui, insisté sur les conséquences que peuvent avoir les problèmes de santé et les violences sur le parcours des jeunes.
« Une grossesse précoce, une violence non prise en charge ou un accès tardif aux soins peuvent interrompre une scolarité et réduire durablement les perspectives de l’Afrique », a déclaré M. Amadou Oury BAH.
Au-delà des déclarations officielles, le véritable enjeu sera désormais de savoir comment traduire ces engagements en actions concrètes.
Car une conférence ne change pas à elle seule la vie d’une adolescente.
Ce sont les services disponibles dans son quartier, la qualité de l’accueil dans un centre de santé, la possibilité d’obtenir une information fiable, l’accès aux soins, la protection contre les violences et la capacité du système à intervenir rapidement qui produisent des résultats.
Des recommandations attendues, mais surtout des réponses à construire
Pendant quatre jours, les participants doivent notamment discuter de la redevabilité des engagements pris, de l’impact des crises, de la coordination régionale et des innovations dans le domaine de la santé.
L’objectif affiché est de parvenir à des recommandations applicables par les gouvernements.
Mais le défi sera précisément celui de leur mise en œuvre.
Car l’Afrique ne manque pas nécessairement de stratégies, de déclarations ou de cadres d’action. La difficulté réside souvent dans la capacité à transformer ces engagements en services accessibles, financés et adaptés aux réalités locales.
La 12ᵉ ACSHR pourrait ainsi être jugée moins sur la qualité des discours prononcés à Conakry que sur la capacité des participants à répondre à une question simple :
que changera concrètement cette conférence pour une adolescente ou un jeune qui, demain, cherchera à obtenir une information, une protection ou un soin ?
C’est probablement à cette échelle que se mesure le véritable succès d’une politique de santé sexuelle et reproductive.
Et c’est aussi là que se joue une partie de l’avenir sanitaire et social du continent.
Aminata Allah Fama Camara








