À Conakry, une affaire de viol présumé suscite une vive émotion et relancerait le débat sur la sécurité des patientes dans les structures de santé. Quatre ans après les faits présumés, Tadigbè Kourouma a décidé de s’exprimer publiquement, à travers une série d’interviews dans les médias et de vidéos diffusées sur les réseaux sociaux.
Dans son témoignage, elle accuse son gynécologue de l’avoir violée alors qu’elle se trouvait sous sédation lors d’une consultation médicale.
Un rendez-vous médical qui aurait viré au cauchemar
Les faits présumés se seraient déroulés dans une polyclinique située à Nongo, en haute banlieue de Conakry. Ce qui devait être une simple consultation gynécologique se serait transformé, selon les déclarations de la plaignante, en une agression sexuelle.
Placée sous sédation, Tadigbè Kourouma affirme avoir été victime d’un viol de la part du médecin en charge de son suivi, le Dr Ismaël Sylla.
Si ces faits étaient établis, ils constitueraient une violation grave de l’éthique médicale et une rupture majeure du lien de confiance entre un professionnel de santé et sa patiente.
Selon son récit, cette agression présumée aurait entraîné une grossesse. L’enfant, aujourd’hui âgé de près de quatre ans, est perçu par la plaignante comme « une preuve vivante » des faits qu’elle dénonce.
Une thèse largement remise en cause par d’autres sources, qui avancent, sans confirmation officielle, l’éventualité d’une liaison extra-conjugale suivie d’une grossesse.
Une procédure judiciaire qui peinerait à aboutir
À la suite des faits présumés, la plaignante aurait engagé des démarches auprès de l’Office de protection du genre, de l’enfance et des mœurs (OPROGEM), avant de saisir la justice.
Selon ses déclarations, le médecin mis en cause aurait été entendu au tribunal de première instance de Dixinn, où il aurait reconnu les faits. Elle indique par ailleurs qu’une tentative de règlement à l’amiable lui aurait été suggérée, une proposition qu’elle affirme avoir rejetée.
Plusieurs autres sources concordantes, confirment effectivement que l’affaire aurait d’abord été gérée au niveau des services étatiques, y compris judiciaires. Un compromis aurait alors été trouvé pour organiser la prise en charge de la patiente et de sa grossesse. Toutefois, aucune de ces deux versions n’ont été pour l’heure, confirmées officiellement par les autorités judiciaires.
Pressions sociales et sentiment d’isolement
Dans ses différentes déclarations, Tadigbè Kourouma évoque un parcours qu’elle dit marqué par des pressions familiales, un isolement social et des difficultés judiciaires. Elle indique également que certains interlocuteurs lui auraient suggéré de privilégier la discrétion, invoquant des considérations sociales, notamment en lien avec sa vie conjugale. Des éléments qui n’ont fait l’objet de confirmation indépendante à ce stade.
Elle estime que ces différents facteurs auraient contribué à entraver l’évolution du dossier et à décourager ses démarches.
« On m’a demandé de me taire. Sinon, je ne trouverais plus de mari », rapporte-t-elle, évoquant ce qu’elle considérerait comme une tentative d’étouffement de l’affaire.
Une affaire qui susciterait une vive réaction
Cette affaire présumée suscite de nombreuses réactions au sein de l’opinion publique et de la société civile.
Alors que l’affaire reste entourée de plusieurs zones d’ombre, des proches du Dr Sylla, avancent que ce dernier ferait l’objet d’allégations qu’ils jugent diffamatoires.
« Madame, les mots que vous employez sont lourds, mais ils ne suffisent pas à effacer des années d’intégrité, de professionnalisme et de dévouement. Le Dr Ismaël est un médecin reconnu pour son sérieux, son respect des patientes et son sens élevé de l’éthique. Ceux qui le connaissent réellement savent à quel point il exerce son métier avec humanité et rigueur. Il est toujours plus facile de salir une réputation que de construire une carrière exemplaire. Mais une vie de travail, de discipline et de respect ne se résume pas à un récit isolé. Avant de juger un homme, il faut aussi savoir regarder tout ce qu’il a été et tout ce qu’il représente. Le Dr Ismaël reste, pour beaucoup, un professionnel digne et honorable », a lancé un soutien du médecin accusé.
Dans l’opinion, la vague de soutien à la présumée victime ne cesse de croître. De nombreux citoyens expriment leur colère face à une situation qu’ils jugent à la fois bouleversante et préoccupante.
« Je tiens à vous exprimer toute ma compassion face à cette épreuve extrêmement douloureuse, ainsi qu’au sentiment d’injustice que vous ressentez. Ce qui choque davantage, c’est l’indifférence d’une partie de la société et le manque de réaction de certaines institutions judiciaires. Il est impératif que toute la lumière soit faite », s’indigne un citoyen.
Intervenant sur ce dossier, la militante Fatou Baldé Yansané met en garde contre une problématique plus large liée à la sécurité des femmes.
« Les femmes ne sont plus en sécurité, ni à l’école, ni dans les familles, ni même dans les structures de santé. Elles ne savent plus où donner de la tête », affirme-t-elle, estimant par ailleurs que ces préoccupations sont parfois minimisées dans le débat public.
Elle évoque notamment des risques d’abus en milieu médical et appelle à une prise de conscience collective.
« Ce qu’il faut comprendre aujourd’hui, c’est que ces pratiques, si elles existent, peuvent exposer toutes les femmes à des risques. Elles peuvent consulter un gynécologue et se retrouver en situation de vulnérabilité, avec des conséquences graves, notamment des violences ou des infections sexuellement transmissibles », alerte-t-elle.
Une mobilisation annoncée
Dans sa sortie, la militante Fatou Baldé envisagerait de mobiliser la société civile autour de ce dossier dans les prochains jours. L’organisation d’une conférence de presse est également évoquée, avec pour objectif d’interpeller les autorités judiciaires, de solliciter l’ouverture ou l’accélération d’une procédure, et d’exprimer un soutien à la plaignante.
La question de la sécurité des patientes posée
Au-delà de ce cas présumé, cette affaire relancerait le débat sur les conditions de sécurité dans les consultations médicales, notamment en gynécologie.
C’est pourquoi, Fatou Baldé Yansané de la société civile guinéenne recommande notamment, la présence d’un personnel médical tiers lors des consultations, l’accompagnement des patients et la vigilance face à tout comportement inapproprié.
Toutefois, ces mesures préventives ne sauraient, selon plusieurs observateurs, se substituer à la responsabilité des institutions sanitaires et judiciaires.
Un précédent encore présent dans les mémoires
Cette affaire rappelle, pour de nombreux observateurs, le cas de M’Mah Sylla, décédée en 2021 après avoir été victime de viol, avortement suivi de mort dans une structure de santé à Conakry. Lors du jugement du dossier, trois des médecins ont été reconnus coupables de mort.
Ce précédent continue d’alimenter les inquiétudes autour de la protection des patientes et de la lutte contre l’impunité.
Une affaire révélatrice de défis systémiques
Tadigbè Kourouma, mariée au moment des faits, déclare dans une vidéo avoir perdu son foyer, son honneur et sa dignité suite à son viol présumé ayant entraîné une grossesse non désirée. Elle refuserait désormais le silence et réclame, la reconnaissance judiciaire des faits, la condamnation du présumé auteur, la prise en charge de l’enfant et la fin des pressions sociales.
À ce stade, l’affaire reste à clarifier sur le plan judiciaire.
Elle pourrait toutefois constituer un test majeur pour les institutions guinéennes, appelées à faire la lumière sur ces accusations et à garantir, le cas échéant, justice et protection des victimes.
Par la rédaction de Santé Info
