Face aux menaces sanitaires émergentes, la Guinée renforce son autonomie scientifique. L’Institut Pasteur de Guinée a inauguré un laboratoire de pointe destiné à améliorer la surveillance des maladies et à renforcer les capacités nationales de réponse aux crises sanitaires.
L’Institut Pasteur de Guinée a officiellement franchi une étape majeure dans le renforcement du système de santé national avec l’inauguration, ce mercredi 15 avril 2026, de son nouveau laboratoire de biologie médicale. La cérémonie, organisée dans la commune de Dixinn, a rassemblé autorités gouvernementales, partenaires techniques et acteurs de la santé autour d’une ambition commune : doter la Guinée d’un outil scientifique de référence.
Un levier stratégique pour la santé publique
Bien plus qu’une simple infrastructure, ce laboratoire s’inscrit dans une vision globale visant à renforcer durablement les capacités nationales en matière de diagnostic, de recherche et de formation. Le directeur de l’Institut, Noël Tordau, a mis en avant cette approche intégrée, où la recherche scientifique répond directement aux enjeux de santé publique, en apportant des solutions concrètes aux problématiques sanitaires.
« La santé publique pose des questions à la recherche, qui y répond en proposant des idées pour les comprendre et des outils pour les résoudre », a-t-il déclaré.
Grâce à des équipements de dernière génération, le laboratoire offre désormais au public l’accès à des analyses biomédicales de haute précision, marquant ainsi une avancée significative dans la qualité des soins et des diagnostics en Guinée.
Une approche “Une seule santé” au cœur du dispositif
L’une des particularités majeures de cette nouvelle structure repose sur son approche holistique dite “Une seule santé”, qui prend en compte l’interconnexion entre l’homme, l’animal et l’environnement. Cette démarche permet d’identifier et de surveiller efficacement virus, bactéries et parasites, tout en analysant le rôle des animaux dans la transmission des maladies.
Les données collectées sont régulièrement transmises à l’Agence Nationale de Sécurité Sanitaire, facilitant ainsi une réponse rapide et adaptée face aux menaces épidémiques.
Un héritage de la lutte contre Ebola
Pour Odette Tomescu-Hatto, cette inauguration représente l’aboutissement d’un engagement initié à la suite de la crise d’Ebola. L’objectif était clair : permettre à la Guinée de disposer d’une autonomie scientifique capable de prévenir et gérer efficacement les crises sanitaires futures.
« Se doter d’une capacité scientifique durable pour ne plus jamais affronter seule une telle crise. Aujourd’hui, cette décision prend la forme de cet institut », a-t-elle rappelé.
Elle a également insisté sur la nature du partenariat actuel, désormais fondé sur une collaboration équilibrée, où la Guinée joue un rôle central dans la gouvernance et les orientations stratégiques de l’institution.
« L’Institut Pasteur de Guinée appartient à la Guinée. Nous ne sommes plus en accompagnement. Nous sommes désormais partenaires à part égale », a dit Odette Tomescu-Hatto.
Une priorité nationale affirmée
Du côté des autorités, le message est sans équivoque. La ministre de la Santé, Kaïté Sall, a souligné que cette réalisation incarne la volonté de doter le pays d’un instrument scientifique de haut niveau, capable de protéger les populations et de former une nouvelle génération de chercheurs.
« Ce que nous inaugurons aujourd’hui n’est pas seulement un bâtiment, c’est la concrétisation de la promesse doter la Guinée d’un outil scientifique de premier rang, capable de protéger nos populations et de répondre aux urgences sanitaires de demain. L’Institut Pasteur de Guinée est le maillon central d’un écosystème scientifique national Il forme la prochaine génération de chercheurs guinéens », a fait savoir Kaïté Sall.
Même son de cloche pour le Premier ministre, Amadou Oury Bah, qui a insisté sur l’importance de la coopération scientifique face aux menaces sanitaires mondiales. Dans un contexte marqué par l’apparition régulière de nouvelles maladies, il a appelé à renforcer les synergies entre chercheurs afin d’anticiper et contenir les futures crises.
« Les scientifiques se donnent les moyens d’apporter à l’humanité quelque chose de très important pour prévenir des maladies qui peuvent affecter une bonne partie de l’humanité. À tout moment, on peut être impacté par l’émergence de maladies que nous ne connaissions pas. Donc, c’est très important de renforcer cette coopération pour que les scientifiques puissent prévenir l’humanité.»
Vers une souveraineté scientifique renforcée
Avec ce laboratoire de pointe, la Guinée se dote d’un outil essentiel pour améliorer la surveillance épidémiologique, affiner les capacités de diagnostic et consolider son indépendance scientifique. Une avancée majeure qui place désormais le pays dans une dynamique proactive face aux défis sanitaires du XXIe siècle.
Gnima Aissata KÉBÉ
