En république de Guinée, une vidéo publiée ce dimanche 15 février 2026, par le vlogueur guinéen Tato de Porto a suscité une vive émotion sur les réseaux sociaux. Les images montrent deux jeunes victimes d’accidents de la circulation, présentant des fractures apparentes aux membres, transportées à l’arrière (coffre) d’une petite voiture en direction de Mandiana. L’auteur de la séquence évoque un supposé manque d’ambulances à l’Hôpital régional de Kankan.
Face à l’ampleur des réactions, la Direction de l’établissement hospitalier a rapidement publié un communiqué pour contester ces affirmations.
Une version qui évoque un choix des familles
Selon l’administration de l’Hôpital régional de Kankan, les deux patients ont bien été admis aux urgences, mais leurs parents auraient expressément demandé leur transfert vers la préfecture de Mandiana afin de recourir à un traitement traditionnel, connu localement sous le nom de « Kolotouna ».
La Direction précise qu’une décharge aurait été signée par les accompagnateurs avant leur départ et que les blessés auraient été réinstallés dans le véhicule qui les avait initialement conduits à l’hôpital. Elle affirme par ailleurs que quatre ambulances, avec leurs chauffeurs, étaient disponibles au moment des faits et qu’aucune demande officielle de transport sanitaire n’a été formulée.
L’établissement rappelle également que l’Hôpital préfectoral de Mandiana ne dispose pas d’un service spécialisé en traumatologie, ce qui soulève des interrogations quant à la pertinence d’un transfert médical vers cette localité pour des fractures nécessitant potentiellement une prise en charge orthopédique spécialisée.
Enjeux de santé publique et perception citoyenne
Au-delà de la controverse, cette affaire met en lumière plusieurs problématiques structurelles du système de santé guinéen :
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La confiance des populations envers les structures hospitalières publiques
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Le recours persistant à la médecine traditionnelle dans la prise en charge des traumatismes
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La gestion des urgences traumatologiques en dehors des grandes capitales régionales
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L’impact des réseaux sociaux sur la réputation des établissements de santé
Dans de nombreux contextes africains, les fractures sont fréquemment confiées à des praticiens traditionnels, parfois avant toute évaluation médicale complète. Si certaines pratiques sont culturellement ancrées, elles peuvent aussi entraîner des complications (infections, séquelles fonctionnelles) lorsque la prise en charge orthopédique moderne n’est pas assurée ou interrompue prématurément.
La Direction de l’Hôpital régional de Kankan indique avoir décidé de porter plainte contre l’auteur de la vidéo, estimant que les informations diffusées sont « non fondées » et portent atteinte à l’image de l’institution.
Abdoulaye KABA
