NEW YORK — L’intelligence artificielle s’invite progressivement dans les débats sur l’avenir des systèmes de santé. À New York, en marge de la 81ᵉ session de l’Assemblée générale des Nations Unies, la Guinée a présenté les premiers jalons de sa transformation numérique dans le secteur sanitaire, tout en soulignant les conditions indispensables à une utilisation efficace de l’IA.
La ministre de la Santé et de l’Hygiène publique, Khaïté Sall, a participé à un panel de haut niveau consacré à l’intelligence artificielle, à la gouvernance des données et à la transformation numérique de la santé. La rencontre, organisée par IDinsight et le Foreign, Commonwealth & Development Office (FCDO) du Royaume-Uni, a réuni différents acteurs autour des opportunités et des défis liés à l’utilisation de l’IA dans le domaine sanitaire.
De la collecte des données à l’aide à la décision
Au cours de son intervention, la ministre a présenté plusieurs outils numériques déjà utilisés dans le système de santé guinéen, notamment DHIS2, Kendeya, OpenClinic et Kayidi.
Ces plateformes témoignent d’une évolution progressive du système sanitaire vers une utilisation accrue du numérique pour collecter, organiser et exploiter les informations de santé.
L’enjeu dépasse toutefois la simple informatisation des services. À terme, l’intelligence artificielle pourrait permettre d’exploiter des volumes importants de données afin d’améliorer leur analyse et d’appuyer la prise de décision.
Pour un système de santé confronté à des besoins importants en matière de surveillance, de planification et d’allocation des ressources, la qualité de ces données devient donc un enjeu central.
L’IA ne peut pas compenser de mauvaises données
La ministre a insisté sur un point déterminant : l’intelligence artificielle ne peut être efficace sans un environnement numérique suffisamment solide.
Données fiables, infrastructures adaptées et professionnels formés constituent, selon elle, des préalables à l’utilisation pertinente de ces technologies dans le secteur sanitaire.
Cette condition est essentielle. Une technologie capable d’analyser rapidement l’information ne peut produire des résultats pertinents si les données utilisées sont incomplètes, peu fiables ou insuffisamment structurées.
La question de la formation des professionnels constitue également un autre défi. L’introduction de l’IA dans la santé suppose en effet de disposer de compétences capables non seulement d’utiliser les outils numériques, mais aussi d’en comprendre les limites et d’interpréter correctement leurs résultats.
Une transformation qui devra se mesurer sur le terrain
La Guinée entend progressivement intégrer l’intelligence artificielle à ses outils numériques afin d’améliorer l’analyse des données, la prise de décision et, à terme, la qualité des services de santé.
Mais derrière les annonces technologiques se pose une question plus concrète : que changera réellement cette transformation numérique pour les patients et les professionnels de santé ?
L’intérêt de l’IA ne résidera pas uniquement dans la modernisation des plateformes. Il dépendra de sa capacité à répondre à des problèmes concrets : mieux anticiper certaines situations sanitaires, améliorer la disponibilité de l’information, faciliter la planification des ressources ou encore appuyer les décisions des professionnels.
La digitalisation devra également rester au service des besoins du système de santé et des populations, particulièrement dans les zones où l’accès aux infrastructures et aux services demeure plus difficile.
La prochaine étape : passer des outils aux usages
La participation de la Guinée à ce débat international intervient dans un contexte où le numérique et l’intelligence artificielle occupent une place croissante dans les réflexions sur l’avenir des systèmes de santé.
Pour Conakry, le défi est désormais de transformer les outils numériques existants en véritables instruments d’amélioration du système sanitaire.
L’enjeu ne sera donc pas seulement de savoir si la Guinée utilise l’intelligence artificielle, mais si elle dispose des données, des infrastructures et des compétences nécessaires pour en faire un outil utile à la décision et, surtout, aux soins.
C’est sur le terrain, davantage que dans les panels internationaux, que cette transformation numérique devra finalement faire ses preuves.
Aminata Allah Fama Camara
