La santé maternelle et néonatale reste l’un des principaux défis de santé publique en Guinée. Malgré les progrès réalisés ces dernières années dans le renforcement du système sanitaire, de nombreuses femmes enceintes et de nombreux nouveau-nés continuent de rencontrer des difficultés d’accès à des soins de qualité, particulièrement dans les zones rurales et les localités enclavées.
L’éloignement des structures de santé, le manque de personnel qualifié, l’insuffisance d’équipements adaptés ainsi que diverses contraintes socio-économiques limitent encore l’accès aux services essentiels pendant la grossesse, l’accouchement et la période postnatale.
Les indicateurs demeurent préoccupants. Selon les dernières estimations internationales, la Guinée enregistre près de 553 décès maternels pour 100 000 naissances vivantes, l’un des taux les plus élevés au monde. Chaque année, des centaines de femmes meurent ainsi de complications liées à la grossesse ou à l’accouchement, souvent évitables grâce à une prise en charge rapide et adéquate.
La mortalité néonatale reste également élevée. Le pays affiche un taux d’environ 31 décès pour 1 000 naissances vivantes, soit plus du double de la moyenne mondiale estimée à 12 pour 1 000. Les premiers jours de vie demeurent ainsi particulièrement critiques pour de nombreux nourrissons.
Face à ces défis, le Fonds des Nations unies pour la population (UNFPA), avec l’appui du gouvernement japonais et en collaboration avec les autorités guinéennes, a procédé ce mardi 16 juin 2026 au lancement d’un projet visant à améliorer l’accès aux services de santé maternelle et néonatale tout en renforçant la lutte contre les violences basées sur le genre (VBG) grâce à la digitalisation des systèmes de diagnostic et de traitement.
La cérémonie s’est tenue à la résidence de l’ambassade du Japon à Conakry, en présence de représentants du gouvernement, de partenaires techniques et financiers ainsi que d’acteurs du secteur de la santé.
Un financement japonais pour rapprocher les soins des populations
Selon les responsables du projet, cette initiative vise à améliorer la prise en charge des femmes enceintes et des nouveau-nés, notamment dans les zones difficiles d’accès et les contextes humanitaires, à travers l’utilisation d’outils numériques de diagnostic et de suivi à distance.
Dans son intervention, l’ambassadeur du Japon en Guinée, M. Kato Ryuichi, a annoncé un financement de 393 333 dollars américains accordé par son gouvernement pour soutenir la mise en œuvre du projet en partenariat avec l’UNFPA.
Ce financement permettra notamment le déploiement d’une clinique mobile et l’équipement de dix structures sanitaires afin de renforcer l’accès aux soins dans les zones reculées et auprès des populations les plus vulnérables.
Le projet prévoit également l’introduction de la technologie SPAQ, développée par la société japonaise SOIK Corporation, spécialisée dans les solutions de santé numérique. Connectée à un échographe portable via une application dédiée, cette technologie facilitera le suivi prénatal, la centralisation des données médicales et le suivi à distance des patientes vivant dans des localités difficilement accessibles.
Les violences basées sur le genre au cœur de l’intervention
Au-delà du volet sanitaire, le projet accorde une place importante à la lutte contre les violences basées sur le genre.
En Guinée, les VBG demeurent une problématique majeure de santé publique et de droits humains. Malgré le renforcement du cadre juridique ces dernières années, elles continuent d’être alimentées par les inégalités de genre, certaines normes sociales discriminatoires, des pratiques traditionnelles néfastes et l’insuffisance des mécanismes de protection des victimes.
Selon l’UNFPA, près de 81 % des femmes et des filles âgées de 15 à 64 ans ont subi au moins une forme de violence basée sur le genre au cours de leur vie. Les femmes et les adolescentes vivant en milieu rural figurent parmi les plus exposées à ces violences.
Pour répondre à cette situation, le projet prévoit la formation de vingt sages-femmes à l’utilisation de la solution numérique déployée. L’objectif est de renforcer les capacités du personnel de santé en matière d’identification, d’orientation et de prise en charge des survivantes de violences.
Des campagnes de sensibilisation seront également organisées au sein des communautés afin de promouvoir le changement des comportements, lutter contre les stéréotypes de genre et encourager le signalement des cas de violence.
Plus de 5 000 femmes enceintes et nouveau-nés bénéficiaires
Les responsables du programme estiment que cette intervention permettra à environ 5 280 femmes enceintes et 5 016 nouveau-nés de bénéficier d’un meilleur accès aux services de santé maternelle et néonatale.
S’exprimant au nom du ministère du Plan, de la Coopération internationale et du Développement, la cheffe de cabinet, Fatoumata Touré, a souligné que cette initiative s’inscrit pleinement dans le cinquième pilier du programme Simandou 2040 consacré à la santé et au bien-être.
Elle a rappelé que cette vision portée par le Président de la République vise à garantir à chaque femme, indépendamment de son lieu de résidence ou de sa condition sociale, un accès équitable à des soins de qualité.
Pour l’UNFPA, ce projet constitue une avancée importante dans la modernisation du système de santé guinéen. Sa représentante, Anita Akumiah, a estimé que « l’intégration d’une solution numérique de diagnostic permettra de rapprocher davantage les services de santé des populations les plus vulnérables ».
Elle a précisé que le dispositif reposera notamment sur une clinique mobile capable d’offrir des échographies, des diagnostics précoces et des soins néonataux dans les zones où les besoins sont les plus importants.
De son côté, la conseillère chargée de mission au ministère de la Santé et de l’Hygiène publique, Dr Fatoumata Battouly Diallo, a insisté sur l’importance du volet protection.
« Ce projet prévoit le renforcement des capacités du personnel de santé afin d’améliorer l’identification, l’orientation et la prise en charge des victimes de violences basées sur le genre », a-t-elle déclaré.
À travers cette initiative, le gouvernement guinéen, l’UNFPA et le Japon entendent renforcer la résilience du système de santé face aux défis sanitaires et humanitaires. En misant sur l’innovation numérique, l’amélioration de l’accès aux soins et la lutte contre les violences basées sur le genre, les partenaires espèrent offrir une meilleure protection aux femmes et aux nouveau-nés, notamment dans les zones les plus vulnérables du pays.
Mohamed Lamine Diaouné
