À l’occasion de la Journée mondiale contre la rage, célébrée ce lundi 28 septembre, la communauté internationale remet au centre de l’attention une maladie parmi les plus meurtrières, mais aussi l’une des plus évitables. Pour l’édition 2026, le thème retenu est « Plus forts ensemble », un appel à renforcer la collaboration entre professionnels de santé humaine et animale, pouvoirs publics, communautés et partenaires.
La rage reste une zoonose presque toujours mortelle une fois les symptômes apparus. Selon l’Organisation mondiale de la santé animale (OMSA), elle provoque chaque année environ 59 000 décès humains dans le monde. La prévention repose notamment sur la vaccination des chiens, la sensibilisation des populations et la prise en charge rapide des personnes exposées après une morsure ou une griffure.
La Guinée veut franchir un nouveau cap
En Guinée, la lutte contre la rage connaît ces dernières années une montée en puissance. Selon l’Organisation mondiale de la Santé (OMS), le pays a lancé en 2023 sa première campagne de vaccination canine à grande échelle, permettant de vacciner plus de 88 000 animaux, dont plus de 90 % étaient des chiens, dans dix préfectures à haut risque.
La campagne s’est ensuite élargie. En 2024, plus de 185 000 animaux, majoritairement des chiens, ont été vaccinés à travers le pays. En 2025, le nombre d’animaux vaccinés a dépassé 295 000, selon les données rapportées par l’OMS.
En 2026, la Guinée prévoit de se procurer 500 000 doses de vaccin destinées aux campagnes de vaccination canine. L’objectif est de passer progressivement de campagnes ponctuelles à un programme national structuré et fondé sur les zones à risque.
Les morsures de chiens au cœur du problème
Les données de surveillance citées par l’OMS montrent l’ampleur du défi. Une analyse nationale portant sur la période 2018-2020 faisait état d’une moyenne de 775 cas de morsures animales signalés chaque année. Les chiens représentaient 98 % des animaux impliqués dans les morsures rapportées.
Parmi les chiens mordeurs dont les échantillons avaient été transmis pour analyse, 72 % se sont révélés positifs à la rage. Autre point préoccupant : seules 58 % des personnes mordues avaient reçu l’intégralité de la prophylaxie post-exposition recommandée.
Ces chiffres montrent que la lutte contre la rage ne peut pas se limiter à la vaccination des animaux. Lorsqu’une personne est mordue ou exposée à un animal suspect, l’accès rapide aux soins et à la prophylaxie post-exposition constitue également un élément essentiel de la prévention.
Après une morsure, chaque minute compte
Face à une morsure ou une griffure potentiellement à risque, l’OMS recommande notamment de laver immédiatement et abondamment la plaie avec de l’eau et du savon, puis de consulter rapidement un professionnel de santé afin d’évaluer la nécessité d’une prophylaxie post-exposition.
Cette prise en charge peut permettre d’éviter l’apparition de la maladie. En revanche, une fois les symptômes cliniques apparus, la rage est presque toujours mortelle.
La prévention passe également par la vaccination des chiens, la surveillance des animaux, l’éducation des propriétaires et l’évitement des contacts à risque avec des animaux inconnus ou présentant un comportement inhabituel.
300 000 élèves ciblés par une campagne d’éducation
Pour renforcer la prévention auprès des plus jeunes, une nouvelle initiative d’éducation à la rage doit être déployée en Guinée à partir de cette Journée mondiale contre la rage. Selon l’OMS, le programme soutenu par Mission Rabies, dans le cadre de l’International Rabies Taskforce, doit toucher 300 000 élèves.
L’objectif est notamment de permettre aux enfants de mieux reconnaître les risques liés aux morsures de chiens et de comprendre l’importance d’une prise en charge immédiate après une exposition.
« Plus forts ensemble » : l’approche One Health
Le thème 2026, « Plus forts ensemble », s’inscrit dans l’approche dite « Une seule santé » (One Health). Celle-ci considère que la santé humaine, la santé animale et l’environnement sont étroitement liés.
Dans le cas de la rage, cette approche implique une coordination entre les services vétérinaires, les structures de santé, les collectivités locales, les laboratoires, les communautés, les établissements scolaires et les partenaires techniques et financiers.
L’OMSA souligne que l’élimination de la rage nécessite justement cette mobilisation collective, notamment à travers les campagnes de vaccination, la sensibilisation et l’amélioration de la prise en charge des personnes exposées.
Vers zéro décès humain d’ici 2030
La Guinée s’est engagée dans une trajectoire visant à éliminer les décès humains dus à la rage canine d’ici 2030. Pour y parvenir, les autorités et leurs partenaires devront maintenir une couverture vaccinale élevée chez les chiens, renforcer la surveillance, améliorer les capacités de diagnostic et garantir l’accès à la prophylaxie post-exposition.
La Journée mondiale contre la rage 2026 intervient ainsi à un moment important pour la Guinée. Les progrès réalisés dans la vaccination canine montrent qu’une action coordonnée est possible. Mais la poursuite des efforts reste nécessaire pour atteindre durablement les populations et les animaux les plus exposés.
Aminata Allah Fama Camara
