SANTÉ COMMUNAUTAIRE | AGNU81
En marge de la 81ᵉ Assemblée générale des Nations Unies, la Guinée a présenté ses réformes en matière de santé communautaire. Avec une couverture géographique annoncée à 60 % et une volonté de professionnaliser les agents communautaires, le pays veut rapprocher les soins des populations, notamment dans les zones rurales et difficiles d’accès.
NEW YORK — Pour une personne vivant dans une zone rurale ou enclavée, la Couverture sanitaire universelle ne se résume pas à l’existence d’un hôpital ou d’un centre de santé sur une carte.
Elle commence beaucoup plus près du domicile. Dans certains territoires, le premier contact avec le système de santé peut être un agent communautaire capable d’identifier un risque, d’orienter un patient, de sensibiliser une famille ou de contribuer à la surveillance d’une maladie. C’est autour de cette réalité que la Guinée entend renforcer sa politique de santé communautaire.
En marge de la 81ᵉ session de l’Assemblée générale des Nations Unies à New York, la ministre de la Santé et de l’Hygiène publique, Khaïté SALL, a présenté les avancées et les réformes engagées par le pays lors d’un panel de haut niveau organisé par la Community Health Impact Coalition (CHIC).
La rencontre réunissait notamment des responsables de Gavi, du Fonds mondial et de l’UNICEF.
60 % de couverture : un dispositif encore à étendre
Selon les données présentées par le ministère, les interventions de santé communautaire couvrent actuellement environ 60 % du territoire ciblé.
L’objectif affiché est d’aller plus loin, particulièrement dans les zones rurales, enclavées et difficiles d’accès.
Cette ambition s’inscrit dans une logique simple : rapprocher les services essentiels des populations qui rencontrent le plus de difficultés à accéder aux structures sanitaires. La santé communautaire devient ainsi un maillon stratégique du système de soins, plutôt qu’un simple dispositif de sensibilisation.
Professionnaliser les agents pour rendre le système durable
L’un des enjeux majeurs présentés à New York concerne la professionnalisation du dispositif.
La Guinée envisage notamment de renforcer le système à travers le recrutement d’Agents Techniques de Santé (ATS) comme Agents de Santé Communautaire (ASC), ainsi que les perspectives ouvertes par la loi relative à la fonction publique locale.
Cette évolution répond à un enjeu plus large : disposer d’agents mieux intégrés au système national de santé, avec des compétences, des responsabilités et un statut mieux définis.
L’enjeu est d’autant plus important que les agents communautaires constituent un lien direct entre les populations et les services de santé. L’OMS considère d’ailleurs leur intégration et leur formation comme des éléments importants pour renforcer la prestation de services essentiels au niveau communautaire.
Quand le professionnel de santé est au plus près de la population
La force de la santé communautaire tient précisément à sa proximité. Un agent qui connaît son environnement peut contribuer à identifier les besoins d’une communauté, à diffuser des informations de prévention, à orienter les personnes vers les services appropriés et à renforcer la surveillance sanitaire.
En Guinée, l’OMS documente déjà le rôle joué par des agents communautaires dans la sensibilisation, la prévention et la surveillance, notamment autour de la vaccination.
Cette proximité peut être particulièrement déterminante dans les zones où la distance, le coût du transport ou l’enclavement constituent des obstacles à l’accès aux soins.
Le défi ne sera pas seulement de recruter
Dans un communiqué publié le 18 septembre 2026, le gouvernement guinéen a annoncé un vaste renforcement de ses effectifs sanitaires avec le recrutement de 697 médecins spécialistes et de 4 500 agents de santé dès 2026, avant une seconde vague de 2 500 agents prévue en 2027. Mais professionnaliser la santé communautaire ne signifie pas uniquement augmenter le nombre d’agents. Il faudra également garantir leur formation, leur supervision, leur équipement, leur rémunération et leur intégration effective dans le système de santé.
C’est un enjeu qui dépasse la Guinée. À l’échelle africaine, l’OMS indique que le nombre total d’agents de santé communautaire est passé de 850 462 en 2022 à 1,15 million en 2024. Mais leur densité reste insuffisante au regard des besoins dans de nombreux pays.
La question devient donc celle de la qualité et de la durabilité du dispositif, autant que celle de son extension.
La CSU commence -t-elle réellement dans les communautés ?
C’est finalement tout l’enjeu de cette réforme. La Couverture sanitaire universelle vise à permettre à chacun d’accéder aux services de santé dont il a besoin, sans que le coût de ces soins ne constitue une difficulté financière.
Mais l’accès suppose également que les services soient physiquement disponibles et suffisamment proches des populations.
Dans cette perspective, la santé communautaire peut jouer un rôle de premier plan. La Guinée travaille d’ailleurs avec l’OMS sur le renforcement des soins de santé primaires, de la gouvernance et des ressources humaines de santé dans le cadre de ses efforts vers la couverture sanitaire universelle.
Le véritable test sera dans les villages
La présentation faite à New York donne à la Guinée l’occasion de mettre en avant ses réformes devant des acteurs internationaux du financement et de la santé mondiale.
Mais leur véritable impact ne se mesurera pas dans les salles de conférence. Il se mesurera dans les communautés.
Un enfant vacciné à temps. Une femme enceinte orientée rapidement vers un centre de santé. Un cas suspect détecté avant de devenir une épidémie. Un patient qui reçoit une information fiable sans devoir parcourir plusieurs dizaines de kilomètres.
C’est à ce niveau que la santé communautaire peut transformer une politique nationale en réalité quotidienne.
La Guinée annonce vouloir construire progressivement un dispositif professionnalisé, intégré au système national et capable d’apporter les services essentiels au plus près des populations.
Car la Couverture sanitaire universelle ne sera véritablement universelle que lorsque la distance entre le système de santé et les populations cessera d’être un obstacle aux soins.
Par la rédaction de Santé Info
