Dans sa volonté de redéfinir son aide internationale, l’administration #Trump propose aux pays africains des accords bilatéraux de coopération sanitaire inscrits dans sa doctrine America First Global Health. Une approche qui vise à remplacer progressivement les mécanismes classiques de l’USAID, en installant des partenariats plus directs, mais aussi plus exigeants.
En février 2026, la Guinée a signé un protocole d’accord de cinq ans pour un montant de 142 millions de dollars (environ 1 241 milliards GNF), dont plus de 91 millions financés par la partie américaine. Sur le principe, l’objectif est de renforcer les systèmes de santé et d’améliorer la réponse aux épidémies. Mais les contours précis de cet engagement n’ont pas été rendus publics et aucun véritable débat n’a accompagné cette décision.
En signant, la Guinée rejoignait plusieurs pays africains engagés dans ce type de partenariat. Pourtant, un point concentre aujourd’hui les inquiétudes. Ces accords incluraient le partage de données de santé et d’échantillons de pathogènes avec les États-Unis. Dans son communiqué après signature, l’ambassade américaine à Conakry évoquait d’ailleurs l’élargissement des « systèmes électroniques de données sanitaires », confirmant que la donnée est au cœur du dispositif.
Or, ces informations ne sont pas anodines. Elles structurent la recherche, orientent les politiques publiques et peuvent, à terme, influencer les rapports de puissance.
Pendant ce temps, ailleurs sur le continent, plusieurs pays ont choisi de freiner ou de refuser. Le Ghana vient de rejeter un accord de 109 millions de dollars, considérant l’accès aux données sensibles comme une ligne rouge. Le Zimbabwe a refusé 367 millions de dollars pour les mêmes raisons. Au Kenya, la justice a suspendu un accord de 1,6 milliard de dollars après une plainte citoyenne. En Zambie, un financement dépassant le milliard de dollars a également été décliné.
La Guinée a accepté un montant inférieur à celui proposé à plusieurs autres pays, là où certains ont préféré poser des limites claires. Ce contraste renforce une interrogation de fond sur l’équilibre réel de ce type de partenariat.
Le problème n’est pas d’accepter ou de rejeter la coopération. Il est de comprendre ce que la Guinée engage concrètement, notamment en matière de contrôle et d’usage des données de santé. Les garanties existent-elles ? Les bénéfices sont-ils réellement partagés ? Et quelles pourraient être les conséquences à long terme ?
Ailleurs, ces questions ont été posées, débattues, parfois tranchées. En Guinée, le débat doit avoir lieu, car il touche à la fois à nos données et à notre souveraineté sanitaire.
D’autant que la loi L/2016/037/AN encadre strictement le traitement et le transfert des données de santé, considérées comme sensibles, et soumet leur partage à des autorisations préalables, y compris vers l’étranger.
Il est donc légitme de se demander si ces exigences ont été pleinement respectées dans le cadre de cet accord. Car ce type de partenariat ne se juge pas seulement à son montant, mais à ce qu’il engage en silence.
Facely KONATÉ








