Côte d’Ivoire — La prévention s’impose progressivement comme un enjeu majeur des politiques de santé publique. Lors de la première Conférence de la Rotonde de l’Assemblée nationale, le 9 octobre 2026, le ministre de la Santé, de l’Hygiène publique et de la Couverture maladie universelle, Pierre N’Gou Dimba, a plaidé pour une mobilisation de plusieurs secteurs de l’action publique. Derrière cet appel, une question centrale : comment passer d’une médecine essentiellement tournée vers les soins à une politique qui anticipe davantage les maladies et leurs conséquences ?
La prévention, au-delà des structures sanitaires
La santé publique ne se joue pas uniquement dans les hôpitaux et les centres de santé. Elle se construit aussi dans les écoles, les lieux de travail, les espaces urbains, les habitudes alimentaires et les conditions environnementales. C’est cette réalité que Pierre N’Gou Dimba a mise en avant devant les députés, à l’occasion de la première Conférence de la Rotonde, organisée autour du thème « Prévention et longévité en santé ».
Pour le ministre ivoirien, faire progresser durablement la santé des populations suppose de dépasser les limites du secteur sanitaire. Les politiques de transport, d’agriculture, d’éducation, d’environnement et de protection sociale influencent directement les risques auxquels les populations sont exposées, ainsi que leur capacité à préserver leur santé.
Cette approche multisectorielle constitue l’un des principaux leviers de la prévention. Elle implique, par exemple, de ne pas limiter la lutte contre les maladies chroniques au dépistage et à la prise en charge médicale, mais d’agir également sur les comportements, l’alimentation et les conditions de vie.
L’enjeu est considérable : intervenir avant l’apparition des complications, plutôt que de concentrer l’essentiel des efforts sur leur traitement.
Des ambitions qui doivent se traduire en politiques concrètes
La prévention des maladies chroniques, le dépistage précoce et l’allongement de l’espérance de vie en bonne santé figuraient parmi les priorités abordées lors de cette rencontre.
Toutefois, faire de la prévention une priorité nationale ne peut se résumer à des déclarations d’intention. La démarche suppose des programmes cohérents, des moyens adaptés et une coordination effective entre les administrations concernées. Elle nécessite également de renforcer l’information sanitaire, de faciliter l’accès au dépistage et de rapprocher les services de prévention des populations les plus éloignées du système de santé.
La question des ressources est tout aussi déterminante. Une politique préventive ambitieuse doit pouvoir s’appuyer sur des financements pérennes, des professionnels formés, des outils de suivi et des indicateurs permettant d’évaluer les résultats obtenus.
La prévention peut contribuer à réduire les complications évitables et la pression sur les structures de soins. Mais ses effets dépendent de la continuité des interventions, de leur accessibilité et de la capacité des pouvoirs publics à inscrire ces actions dans la durée.
Le Parlement, un acteur stratégique de la santé publique
En mettant l’accent sur le rôle des députés, Pierre N’Gou Dimba a également souligné la dimension politique et législative de la prévention.
Les parlementaires disposent de plusieurs leviers pour contribuer à la protection de la santé : l’examen des textes de loi, le contrôle de l’action gouvernementale, le débat budgétaire et la prise en compte des préoccupations exprimées par les populations. Leur implication peut favoriser une meilleure intégration des enjeux sanitaires dans les politiques publiques.
Cette responsabilité dépasse donc le vote des lois relatives au secteur de la santé. Elle concerne aussi les décisions susceptibles d’influencer les facteurs de risque, l’accès aux services essentiels et les inégalités sanitaires.
Reste à traduire cette mobilisation en mécanismes de coopération durables entre les institutions, avec des responsabilités clairement définies et des objectifs mesurables.
Couverture maladie universelle et prévention : deux leviers complémentaires
La première Conférence de la Rotonde ouvre également un espace de dialogue autour de l’amélioration de l’accès aux soins et de la consolidation de la Couverture maladie universelle (CMU).
Ces deux objectifs sont étroitement liés à la prévention, mais ne se confondent pas. La CMU vise à faciliter l’accès aux services de santé et à réduire les obstacles financiers aux soins, tandis que la prévention cherche notamment à diminuer les risques de maladie et à détecter plus tôt les problèmes de santé.
Leur articulation est essentielle : un dépistage précoce n’a qu’un intérêt limité si les personnes concernées ne peuvent accéder aux examens complémentaires, aux traitements ou au suivi médical nécessaire. De même, l’amélioration de la couverture sanitaire gagne en efficacité lorsque les politiques publiques permettent de prévenir certaines maladies ou d’éviter leur aggravation.
L’enjeu consiste ainsi à construire un système capable d’agir à la fois sur les déterminants de la santé, l’accès aux soins et la continuité de la prise en charge.
Un cadre de dialogue dont les résultats restent à mesurer
Pierre N’Gou Dimba a salué l’initiative du président de l’Assemblée nationale, Patrick Achi, qui entend favoriser les échanges entre le Gouvernement, les représentants de la Nation et les acteurs de la société.
Cette première Conférence de la Rotonde pose ainsi les bases d’une réflexion sur la place de la prévention dans les politiques publiques ivoiriennes. Mais la portée de cette initiative dépendra de sa capacité à déboucher sur des engagements opérationnels, des financements identifiables et un suivi régulier des actions engagées.
Au-delà des discours, le défi est de faire de la prévention un principe structurant de l’action publique, et non une intervention ponctuelle venant compléter les soins. Car vivre plus longtemps en bonne santé ne dépend pas seulement de la performance des établissements sanitaires : cela suppose aussi un environnement favorable, des politiques cohérentes et une responsabilité partagée entre les institutions et les citoyens.
C’est à cette condition que l’ambition d’améliorer durablement la santé des populations pourra se traduire par des résultats tangibles.
Mohamed Lamine DIAOUNE







