NEW YORK — Faire du numérique un outil au service des patients plutôt qu’une fin en soi. À New York, en marge de la 81ᵉ session de l’Assemblée générale des Nations unies, la Guinée a défendu cette approche lors de deux échanges consacrés à l’avenir des soins de santé primaires et aux solutions numériques développées en Afrique.
La ministre de la Santé et de l’Hygiène publique, Khaïté Sall, y a présenté l’expérience guinéenne en matière de santé intégrée et de solutions numériques, en mettant particulièrement l’accent sur un enjeu qui dépasse la technologie : comment rapprocher effectivement les soins des populations les plus éloignées ?
Le numérique au service de la santé communautaire
Pour la Guinée, la réponse passe notamment par la santé communautaire, considérée comme l’un des piliers de la marche vers la Couverture sanitaire universelle (CSU).
Dans les zones rurales et difficiles d’accès, les agents de santé communautaire jouent un rôle essentiel dans le lien entre les populations et le système de santé.
Le numérique pourrait renforcer cette relation en facilitant notamment le suivi des patients, la circulation de l’information et le travail quotidien des agents communautaires.
L’objectif n’est donc pas simplement d’équiper davantage les structures de santé, mais de permettre au système de mieux suivre les populations là où elles vivent.
Pas de système parallèle
La ministre a toutefois posé une ligne directrice : la technologie doit renforcer le système national de santé et non créer un système parallèle.
Une précision qui renvoie à un enjeu majeur de la transformation numérique en santé en Afrique : de nombreuses innovations sont développées sous forme de projets ou de programmes spécifiques, parfois avec leurs propres outils, financements et mécanismes de fonctionnement.
Le défi consiste ensuite à intégrer les solutions qui fonctionnent dans les dispositifs nationaux afin qu’elles puissent être utilisées durablement et à plus grande échelle.
Pour la Guinée, l’enjeu est donc moins de multiplier les expérimentations que d’identifier celles qui produisent des résultats et de créer les conditions permettant leur déploiement au bénéfice du plus grand nombre.
Simandou 2040 comme levier de passage à l’échelle
Cette ambition s’inscrit dans le cadre de Simandou 2040, présenté par les autorités comme un cadre permettant notamment d’accompagner la transformation du système de santé.
La priorité affichée est de favoriser le passage à l’échelle de solutions ayant déjà démontré leur utilité.
Cette approche change la nature du débat sur l’innovation. La question n’est plus seulement de savoir si une application, une plateforme ou un dispositif numérique fonctionne dans un projet pilote. Il faut aussi déterminer s’il peut être déployé dans différentes régions, utilisé par les professionnels, maintenu dans la durée et intégré aux mécanismes ordinaires du système de santé.
Le défi des zones difficiles d’accès
C’est probablement sur ce terrain que la promesse du numérique est la plus importante.
Dans les zones rurales et difficiles d’accès, les obstacles ne sont pas uniquement liés à la distance. Ils concernent également la disponibilité des professionnels, la circulation des informations, le suivi des patients et la continuité des soins.
Des outils numériques correctement intégrés pourraient contribuer à réduire certaines de ces difficultés.
Mais leur efficacité dépendra des conditions de déploiement : connectivité, équipements, formation des agents, qualité des données, maintenance et intégration aux systèmes existants.
Autrement dit, une application ne suffit pas à rapprocher un centre de santé d’une communauté. Elle doit s’inscrire dans une organisation capable de transformer l’information numérique en prise en charge réelle.
De l’innovation à l’impact
Le message porté par la Guinée à New York est finalement assez simple : l’innovation n’a de valeur que si elle améliore l’accès aux soins.
Le numérique peut faciliter le suivi des patients. Il peut renforcer le travail des agents de santé communautaire. Il peut améliorer la circulation de l’information.
Mais le véritable indicateur de réussite sera ailleurs : dans la capacité du système à offrir des soins plus accessibles, plus continus et mieux adaptés aux besoins des populations, notamment celles qui vivent loin des grands centres urbains.
Pour la Guinée, le prochain défi sera donc de transformer les expériences numériques en solutions durables, intégrées au système national et accessibles à l’ensemble du territoire.
La 81ᵉ session de l’Assemblée générale des Nations unies, le débat sur l’innovation sanitaire ne portait ainsi pas seulement sur la technologie. Il portait surtout sur une question essentielle : comment faire en sorte que le progrès numérique rapproche réellement les soins de ceux qui en ont le plus besoin ?
Billy N CONDÉ







