Plus d’un milliard de personnes vivent aujourd’hui avec des troubles de santé mentale, selon de nouvelles données publiées par l’Organisation mondiale de la Santé (OMS). L’anxiété et la dépression, en particulier, pèsent lourdement sur les individus, les familles et les économies. Malgré des avancées, l’OMS souligne la nécessité d’investir davantage et d’accélérer les réformes pour garantir l’accès universel aux soins de santé mentale.
Une crise aux conséquences humaines et économiques
Présents dans tous les pays et à tous les niveaux sociaux, les troubles mentaux représentent la deuxième cause d’invalidité de longue durée. Ils sont responsables d’importantes pertes d’années de vie en bonne santé et entraînent des coûts considérables : la dépression et l’anxiété font perdre chaque année près de 1 000 milliards USD à l’économie mondiale.
Le suicide reste l’une des conséquences les plus tragiques. En 2021, environ 727 000 personnes ont mis fin à leurs jours, faisant du suicide l’une des principales causes de mortalité chez les jeunes. L’OMS prévient que l’objectif de développement durable des Nations Unies – réduire d’un tiers le taux de suicide d’ici 2030 – est hors d’atteinte si les efforts ne s’intensifient pas.
Des progrès, mais aussi de profondes lacunes
Deux nouveaux rapports de l’OMS – World Mental Health Today et Mental Health Atlas 2024 – dressent un état des lieux contrasté. Depuis 2020, plusieurs pays ont renforcé leurs politiques et introduit des approches fondées sur les droits humains, notamment dans la gestion des urgences sanitaires. Pourtant, la réforme législative demeure limitée : moins de la moitié des pays disposent de lois pleinement conformes aux normes internationales.
L’investissement reste largement insuffisant : les dépenses publiques en santé mentale stagnent à 2 % des budgets de santé, avec de fortes inégalités. Alors que les pays riches dépensent jusqu’à 65 USD par habitant, les pays pauvres n’y consacrent que 0,04 USD. Les ressources humaines sont également déficitaires : on compte en moyenne 13 professionnels de santé mentale pour 100 000 habitants, avec de graves manques dans les pays à revenu faible ou intermédiaire.
Des services encore inadaptés
L’accès aux soins reste limité. Moins de 10 % des pays ont adopté des modèles de soins de proximité, tandis que les hôpitaux psychiatriques dominent encore. Près de la moitié des hospitalisations s’effectuent sans consentement et plus de 20 % durent plus d’un an.
L’intégration de la santé mentale dans les soins primaires progresse, mais demeure incomplète. Dans les pays à faible revenu, moins de 10 % des personnes souffrant de psychoses reçoivent des soins, contre plus de 50 % dans les pays à revenu élevé.
Certaines évolutions sont toutefois encourageantes : la majorité des pays ont lancé des initiatives de promotion de la santé mentale à l’école, dans la petite enfance et dans la prévention du suicide. Les services de télésanté et de soutien psychosocial en cas de crise sont en expansion.
Un appel à une transformation mondiale
Pour l’OMS, la transformation des services de santé mentale constitue désormais « l’un des enjeux de santé publique les plus pressants ». Son Directeur général, le Dr Tedros Adhanom Ghebreyesus, rappelle :
« Investir dans la santé mentale, c’est investir dans les personnes, les communautés et les économies. C’est un droit fondamental qui ne peut être considéré comme un privilège. »
L’organisation appelle les gouvernements et les partenaires internationaux à agir autour de quatre priorités :
• financer équitablement les services de santé mentale ;
• adopter des réformes juridiques et politiques respectueuses des droits humains ;
• investir durablement dans le personnel spécialisé ;
• développer des soins de proximité centrés sur la personne.
Cet appel mondial sera au cœur des discussions lors de la Réunion de haut niveau de l’Assemblée générale des Nations Unies, prévue à New York le 25 septembre 2025.
Abdoulaye KABA








